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Dylan Thomas est certainement l’un des plus brillants parmi les poètes lyriques, les plus rimbaldiens de tout le vingtième siècle, plus proche des romantiques que des modernes ou des surréalistes de sa génération, écrivant dans une langue anglaise admirable bien qu’il ait par ailleurs rejeté les conventions de son siècle.
Dylan Thomas reste, pour l’ensemble du Royaume-Uni et de nombreux pays anglophones, le « poète du siècle ».

SA VIE

Né en 1914 à Swansea – Pays de Galles. Son père lui donnera le prénom de « Dylan », celui du Prince des ténèbres dans les quatre récits en moyen gallois en référence à la mythologie celtique de l’Antiquité ( récit du Mabinogion ). Mort en 1953 à 39 ans à New York,il sera enterré chez lui au Pays de Galles à Laugharne. Au moment de sa mort, il dira « Après 39 ans, c’est tout ce que j’ai fait! » … et pourtant, il n’aura jamais arrêté d’écrire. En naissant, il remplace un premier enfant mort et « cet autre » habitera toute son œuvre, tour à tour « bébé en flammes » ou « héros », ou « animal » … jusqu’à le dévorer alors qu’il deviendra, « un bébé de 39 ans gonflé d’alcool » ( lettres à Vernon Watkins 1938 publiées en 1957 ).
Chérubin malingre mais charmant et élégant au départ, il dérivera peu à peu vers un état de bibendum aux tenues crasseuses et aux dents cariées.

« Moi le premier nommé, je suis le fantôme de cet ami anonyme, sans prénom qui écrit les mots que j’écris dans une chambre tranquille, dans une maison imbibée d’envoûtements: Je suis le fantôme de cette maison remplie des langues et des yeux d’un fantôme sans tête que je crains pour toujours jusqu’à la fin anonyme ».

Dylan Thomas a été un enfant et un jeune homme très frêle, sujet à des bronchites et à des crises d’asthme. Il n’aura pas pu participer à la seconde guerre mondiale mais a laissé néanmoins 4 poèmes sur ce thème dont l’un est resté célèbre : « A refuse to mourn the death, by fire, of a girl in London ». Plus tard, les abus aidant, des pneumonies, une hypertension crânienne et une maladie de foie auront raison de lui. Il aura vécu à Laugharne, petite ville de bord de mer du sud de Pays de Galles, et à Swansea la plus grande partie de sa vie. Ses séjours ruraux dans la maison familiale, la ferme de Carmathen où il a écrit près de la moitié de son œuvre, l’auront très fortement influencé. « Au bois lacté – Under milk wood » pièce de théâtre radiophonique écrite à Laugharne, dont les personnages dépeignent la vie et les caractères pittoresques des habitants, est l’un de ses plus grands chefs-d’oeuvre dont on reparlera. Il fréquentera un cercle de différents artistes gallois connus au cercle des poètes du Café des « Kardomah Boys » devenu célèbre.

Il était le fils d’un lettré très austère, professeur de grammaire, ne jurant que par la langue anglaise et méprisant le gallois. Il a donc fréquenté la Swansea Grammar School où son père enseignait, père qui lui récitait du Shakespeare dès l’âge de 4 ans … qu’il ne comprenait pas bien sûr mais dont il était tombé rapidement amoureux des sons et des rythmes. A 16 ans, il publiait son premier poème dans le magazine de l’Ecole. Il est parti ensuite à Londres à 20 ans pour sa carrière littéraire, ne doutant pas lui même de son génie poétique … et il avait raison. En 1937, à 23 ans, il épousera Caitlin Mac Namara avec laquelle il aura 3 enfants, malgré de nombreux écarts conjugaux… de part et d’autre. Elle vivra jusqu’en 1994 et a été enterrée à ses côtés.

La vie et l’oeuvre de Dylan Thomas correspondent parfaitement, pour moi, à cette expression et cette notion d’ « ardeur » choisies comme thème central du Printemps des poètes en 2018, ardeur dans la quête du mystère originel, de la création ainsi que dans celle de la mort qu’il voudra transcender à travers toute son œuvre. En cela, il est un poète résolument métaphysique. Il aura été, durant toute sa courte vie, un véritable délire en mouvement, ivre de vivre, fou de jeunesse, et même extatique devant la force brute de la nature. Il aura eu un parcours de lave en fusion, d’une énergie folle, un feu follet ayant soif de tout, tout en étant conscient en permanence que le combat était perdu d’avance avec, je crois, un sentiment très fort et presque permanent, une espèce de prescience de sa mort précoce … Mais il faut dire aussi qu’il a été très souvent ivre d’alcool, il lui était arrivé de boire 18 whiskys avant de s’évanouir et il s’en vantait. Il fumait également 40 Players par jour. J’ai oublié le nom de celui qui a très joliment et très justement parlé de lui en le comparant à Icare foudroyé dans le soleil des bouteilles … A la fin de sa vie, il était devenu une véritable « bête de cirque poétique », montrée dans tous les cercles selects anglais puis américains. Célèbre, alors populaire un peu comme une « rock-star », il a fini par se détruire de tavernes en bouges à New york, lors de tournées de lectures.

Aujourd’hui, de nombreux lieux sont devenus célèbres, notamment à Swansea, en l’honneur et en souvenir de ce poète de génie : Le théâtre et le mémorial Dylan Thomas, de nombreux pubs comme le très renommé No sign Bar, le  Wine Vaults d’après son histoire courte The Followers, et bien sûr sa maison au bord de l’eau à Laugharne, appelée The boat House. Peut-on ajouter que Bob Dylan a probablement choisi son nom d’artiste à cause de son admiration pour Dylan Thomas et que même les Beatles avaient tenu à inscrire son visage sur la couverture de leur album Sergent Pepper’s.

SON ŒUVRE

Beaucoup de traductions en français, très difficiles du fait de la richesse et de la beauté des mots dont se grisait littéralement Dylan Thomas, ont été remarquablement faites et adaptées par le poète Alain Suied, comme :  » Vision et prière  » pour Poésie Gallimard, ou par Francis Dufau-Labeyrie :  » Portrait de l’artiste en jeune chien  » pour les Editions de Minuit, ou encore par Jacques Brunius :  » Au bois lacté  » pour L’avant-scène théâtre.

  • 1933 – Et la mort n’aura pas d’empire ( And death shall have no dominion )Œuvre poétique majeure, enseignée dans les écoles, lue dans certains films ( Solaris, Le poids de l’eau ). Mystérieux, énigmatique, Dylan Thomas y parle de la mort qu’il veut transcender. Il y donne sa philosophie personnelle de la religion et la nature.
  • 1934 : Publication de 18 poems.
  • 1936 : Publication de 25 poems. On retrouvera tous ces textes dans les Collected poems – 90 poèmes en 1952
  • 1939 : The map of love : Nouvelle d’esprit surréaliste que l’on retrouvera aussi dans Collected poems, une poésie « absolue, jamais écrite à l’époque », à la fois en vers et en prose.
  • 1940 : Portrait de l’artiste en jeune chien ( Portrait of the artist as a young dog ). A rapprocher de Portrait de l’artiste en jeune homme de l’irlandais James Joyce que Thomas avait beaucoup lu ( comme … Les gens de Dublin ). Composé de 10 nouvelles autobiographiques écrites entre 1936 et 1940, où figurent quelques-uns des plus beaux textes de langue anglaise consacrés à l’enfance. Il y raconte les lieux de son enfance mêlés de personnages très pittoresques qu’il a connus ou dont on lui a parlé. Une des œuvres les plus célèbres de Dylan Thomas où s’entrecroisent visions d’enfance et d’âge mur en une espèce de fresque d’inspiration souvent épique mais en contrepoint plus paisible et plus transparent aux récits plus « surréalistes » de publications antérieures. Dans ce « portrait », l’artiste déambule, un œil poché, dans les rues de Swansea, galoches aux pieds et casquette écarlate sur la tête …
  • 1945 : Fern Hill où l’auteur parle avec des mots magnifiques de sa jeunesse en harmonie avec son pays, quand il parcourait sa campagne et ses bords de mer du sud du Pays de Galles.
  • 1946 : Death and EntrancesLes conflits de la seconde guerre mondiale sont terminés, Thomas avait été réformé et les a vécus à travers les bombardements, notamment ceux de Londres. Il parle ici de la guerre et de la mort ( encore … ) où la tradition chrétienne est sans cesse sous-jacente. Il n’a finalement écrit que 4 poèmes sur la guerre mais il faut noter toutefois à nouveau le célèbre A refuse to mourn the death, by fire, of a girl in London.
  • 1951 : Do not go gentle into that good night ( N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit ). Dylan Thomas parle à nouveau de la mort, mais il écrit ici pour son père, vieux, affaibli et mourant.
  • 1952 : Au bois lacté ( Under milk wood ). Pièce de théâtre devenue rapidement un immense succès radiophonique, salué par toutes les critiques à travers le Royaume Uni, où Thomas a travaillé longtemps comme scénariste, notamment pour la BBC , puis jouée régulièrement au Canada ( Toronto), aux Etats-Unis, etc … Il n’aura malheureusement pas le plaisir d’entendre Richard Burton interpréter sa pièce pour la BBC en 1954. Au bois lacté raconte, avec tout le génie de l’écriture de Dylan Thomas, la vie du petit port gallois qui a été aussi la sienne et nous dépeint les personnages pittoresques qui l’habitent. On pense par moments au Songe d’une nuit d’été de Shakespeare … Le petit port de « Llaregubb » ( jeu de mot en gallois qui signifierait probablement « je m’en fous … » ) s’endort au crépuscule sans lune. Les voix des villageois s’élèvent, saisies au coeur de leurs songes, et se mêlent en une espèce de danse lyrique pour dire à nos oreilles indiscrètes la beauté fragile du monde … celles du tavernier, de l’instituteur, du cordonnier, du facteur, du vieux marin en proie à ses fantômes, des épouses, des jeunes filles et de celles de mauvaise vie, des ribambelles de jeunes gosses … On y rêve de mariage et de poison, de poème et de boisson …
  • 1952 : Collected Poems. Anthologie d’ensemble qui compte les 90 poèmes choisis par Dylan Thomas. On en retrouve encore bon nombre dans d’autres ouvrages traduits notamment en français, comme dans Vision et Prière, Ce monde est mon partage et celui du démonLove LettersA child’s Christmas in Wales et dans de très nombreuses correspondances dont From Paris to Bahia, etc …

17 mars 2018

Francis Julien Pont