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Il faut lire Virginia Woolf lentement, avec attention et délectation. La lire comme peut-être on lit Marcel Proust (Jean Santeuil, Les plaisirs et les jours), comme on déguste un mets très rare, préparé minutieusement, exquis.

Dans les romans de V.W. il n’ya pas d’action à suivre, de rebondissements, de poursuites mais une précision, une délicatesse, une finesse de dessinateur, d’aquarelliste, de dentelière. Il faut s’y attarder, prendre plaisir à découvrir tout à la fois le tableau du peintre, le paysage mouvant, les personnages et leurs caractères évoluant au fil du temps qui passe… car, comment dire? Un livre de Virginia Woolf est un tableau dans lequel le temps est inclus.

La Promenade au Phare en est la démonstration magistrale. Je viens de la relire très lentement, très attentivement et j’y ai vu, tracé en lignes fermes bien qu’à peine perceptibles, l’espace de plusieurs vies, en particulier celle de Mrs Ramsay, de sa jeunesse à sa mort, en même temps que celle de Mr Ramsay son époux, celle des enfants petits puis adolescents, des invités rituels, des amis qui vont et viennent, reviennent et s’interrogent tandis qu’une jeune – puis moins jeune – femme peintre, tente désespérément de trouver la nuance de vert qu’il convient de placer en touche précise au fond du tableau pour le faire vivre.

En un reflet discret, j’y ai vu se refléter aussi le déroulement de ma propre vie, entre une première lecture, il y a peut-être trente ans, en vacances sur un cap couronné d’un phare que je n’avais de cesse d’atteindre et celle que je fis l’été passé, dans le décor grandiose de la Cornouailles, aux environs de St Ives : une campagne presque sauvage se déroulant en ombres vertes, sous une alternance de nuages gris de plomb et d’azur étincelant, jusqu’aux falaises abruptes, aux rochers noirs des rares criques, à la mer immense ponctuée très loin d’un phare…

Françoise Autin