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Les Balkans avant et après 1914

La Turquie ottomane avait perdu au cours du XIXe siècle le contrôle de ses provinces des Balkans. La Russie tsariste s’était nommée protectrice des pays slaves et des chrétiens orthodoxes. La Bulgarie, la Roumanie et la Serbie étaient sous l’influence russe. Une partie majeure des Balkans était sous contrôle de la Hongrie, la partie orientale de l’empire austro-hongrois. Le gouvernement était aristocratique et nationaliste, les autres peuples (surtout slaves) n’avaient ni autonomie ni droits de participation. La Bosnie avait été annexée en 1908. Pendant la guerre, la Serbie était occupée par l’Autriche, la Roumanie par l’Allemagne et la Bulgarie était alliée des Allemands. La Russie se retirait des Balkans et perdit toute influence avec la révolution et la guerre civile. La France et l’Angleterre luttaient seulement contre la Turquie.

Préparations pour l’après-guerre

Les Alliés, la France et la Grande Bretagne, comptaient sur l’effondrement de l’Autriche-Hongrie, et rassemblaient à Paris et à Londres des opposants avec de nouvelles idées pour l’Europe de l’Est et les Balkans. Roman Dmowski, le chef des nationalistes polonais, fonda en 1917 à Lausanne le comité national, le gouvernement futur d’une Pologne libre. Tomaš Masaryk fonda en 1915 avec son assistant Edvard Beneš à Londres Le Comité tchèque à l’étranger, renommé en 1916 Le conseil national tchécoslovaque et devint le premier président du nouvel État.
Le Comité yougoslave est officiellement formé le 30 avril 1915 à Londres avec pour mission de représenter les Slaves du sud de l’Empire des Habsbourg et produit en mai un mémorandum revendiquant les territoires d’Istrie ainsi que la Slovénie. Les fondateurs étaient le Croate Ante Trumbić et le Serbe Nikola Pašić. La Roumanie entra en guerre aux côtés des Alliés qui lui avaient promis la Transsylvanie et la Bucovine. Donc, on préparait à Paris et à Londres un nouveau découpage de l’Europe de l’Est et les Balkans après la guerre.

La conférence de Paris 1919

L’Europe d’après-guerre fut réorganisée à la conférence de paix de Paris. Un des principes était la formation d’États nationaux, un autre la promotion des États amis et la punition des États ennemis. De l’Empire austro-hongrois restaient l’Autriche, une petite province de langue allemande qui ne devait pas se rattacher à l’Allemagne (traité de St. Germain) et la Hongrie qui perdit deux tiers de son territoire (traité de Trianon). La Pologne représentée par Dmowski reprit des provinces qui avaient été prussiennes depuis deux cent ans et même des provinces allemandes en Silésie qui avaient opté pour l’Allemagne (Traité de Versailles). La Tchécoslovaquie sous son nouveau président Tomaš Masaryk avec une population de 13,6 Millions avait une minorité allemande de 3,3 Millions et une minorité hongroise de 800 000. La Roumanie recevait les deux provinces promises par les Alliés, la Transsylvanie et la Bucovine et doubla sa population de 7 à 14 Millions, mais avec des minorités allemande et hongroise. Les nouvelles frontières furent fixées par des commissions de l’Entente (Curzon, Lord, de Martonne). La Bulgarie, alliée à l’Allemagne, perdit dans le traité de Neuilly l’accès à la Méditerranée. La Turquie a perdu par le traité de Sèvres au profit de la Grèce, de l’Italie, de la France et de l’Arménie (Traité de Sèvres).
Le Royaume des Slaves du Sud, la Yougoslavie, était un nouvel État. Le Royaume unissait la Serbie (indépendante), la Croatie et la Voivodina (hongroises), la Slovénie (autrichienne), la Bosnie (annexée par l’Austro-Hongrie) et la Macédoine (turque). Mais les nationalités étaient mélangées. La capitale était Belgrade, le roi serbe Pierre était le premier roi du nouveau royaume. Le Serbe Nikola Pašić, un des fondateurs de cette nouvelle union, en fut le négociateur à Paris. En novembre 1920, un parlement fut élu pour une monarchie constitutionnelle, et Pašić était de nouveau premier ministre jusqu’à sa mort en 1926. Son plus fort opposant était Stjepan Radić du parti paysan croate, majoritaire en Croatie mais minoritaire au parlement yougoslave. Le parti croate ne participa pas à l’élaboration de la nouvelle constitution et au travail parlementaire. Radić voulait une Croatie indépendante et fut deux fois emprisonné. Il fut assassiné en plein parlement en 1928.

Démocratie et Dictature

La première révision de l’ordre de Paris fut la résurrection de la Turquie sous Mustafa Kemal Atatürk dans les limites de la Turquie actuelle. La Grèce fut battue, il y avait un énorme échange de populations. Atatürk devint le président autoritaire et modernisateur de la République turque.
Les nouveaux États ont commencé avec une démocratie parlementaire mais aussi avec un gouvernement centralisé sans respect pour les minorités. Les démocraties fonctionnaient mal et ont été remplacées par une dictature autoritaire. En Hongrie, l’amiral Miklós Horthy devint régent autoritaire d’un royaume sans Roi en 1921. En Pologne, le général Pilsudski, vainqueur contre les Russes en 1921, prit le pouvoir après un coup d’État en 1926. La Yougoslavie et l’Albanie étaient gouvernées par une dictature royale depuis 1928. En Bulgarie, le tsar Boris III établit un gouvernement de plus en plus autoritaire. En Autriche, le chancelier Dollfuss dissolut en 1933 le parlement et gouvernait de façon autoritaire. La Roumanie était plus riche que ses voisins à cause du pétrole, et la monarchie constitutionnelle a fonctionné plus longtemps mais, après 1930, un mouvement de roumanisation exclut les minorités, les magyars, les roms et les juifs et, en 1938, le roi Carol II établit une dictature royale pour sauver l’ordre traditionnel. La Grèce, avec 1,2 millions de réfugiés, connut une stabilité démocratique fragile sous Venizélos jusqu’à 1932. Après deux années d’instabilité, le général Metaxas établit une dictature militaire de 1934 à 1941. Le 25 novembre 1932, Mussolini avait dit dans un discours à Milan : Aujourd’hui je peux vous dire avec certitude que le XX-ème siècle sera le siècle du fascisme.

Le fascisme, gouvernement autoritaire, nationaliste, militariste, centraliste et contre les minorités, était devenu après la grande crise économique le modèle moderne pour remplacer les démocraties en état critique. Les régimes autoritaires de l’Europe de l’Est se voyaient donc justifiés.
La France avait formé la petite Entente avec la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie et la Roumanie en 1920 contre un révisionnisme allemand ou hongrois. Pour renforcer cette entente, on avait invité en France le roi yougoslave Alexandre qui, après avoir débarqué à Marseille, fut tué ainsi que le ministre français des affaires étrangères, Louis Barthou, par un nationaliste macédonien, le 9 octobre 1934. Son fils Pierre lui succéda mais il avait seulement 11 ans. Son oncle, le prince Paul, gouverna pour lui et donna une certaine autonomie à la Slovénie et à la Croatie pour apaiser les tensions énormes.

Hitler, Mussolini et la deuxième guerre mondiale

Hitler devint chancelier de l’Allemagne le 30 janvier 1933. Il suivit une politique de révision contre Versailles, il supprima toute opposition, et il mena une politique antisémite brutale. En 1938, il rattacha l’Autriche à l’Allemagne, et à Munich, en septembre, Chamberlain et Daladier lui accor-dèrent le démembrement de la Tchécoslovaquie. Le 15 mars 1939, les troupes allemandes occu-pèrent le pays. La Tchèquie devint un protectorat allemand très important à cause de son indus-trie militaire, la Slovaquie devint un État fasciste indépendant. Mais elle dut céder par le premier arbitrage de Vienne un quart de son territoire à la Hongrie.
Le premier septembre 1939, les armées hitlériennes envahirent la Pologne, dont les frontières avaient été garanties par la France et la Grande-Bretagne. C’était le début de la seconde guerre mondiale. La Roumanie, alliée fidèle de la France, laissa passer des unités de l’armée polonaise battue et le trésor polonais, la flotte les transportait à Alexandrie. Mais après la défaite de la France en 1940, la Roumanie était punie. Elle devait céder la Bessarabie à Staline et par le deuxième arbitrage de Vienne la Transsylvanie à la Hongrie et la Dobroudja à la Bulgarie. Le général Ion Antonescu prit le pouvoir et forma un régime fasciste allié avec l’Allemagne. La Yougoslavie, alliée de la France, chercha aussi des contacts avec l’Allemagne. L’Italie qui avait occupé l’Albanie en 1939, envahit la Grèce en 1940, mais était en difficultés militaires et demanda de l’aide à l’Allemagne. Les Allemands entrèrent en Yougoslavie, le roi s’exila, l’armée capitula, et l’Allemagne décida de dissoudre la Yougoslavie. Le plus grand État était la Croatie avec la Bosnie sous le gouvernement fasciste d’Ante Pavelić avec ses Oustachis. La Serbie était sous administration militaire allemande. La Voivodina redevenait hongroise, le Kosovo et une partie de la Macedoine italiens, l’autre partie bulgare. Le Montenegro était italien, la Slovénie partagée. En 1941, toute l’Europe de l’Est était sous domination allemande. En Grèce, les Allemands et les Italiens opéraient contre les Grecs qui, eux, étaient soutenus par les Anglais.

Hansjörg Frommer
17 mai 2019
Conférence aux Amis de la Bibliothèque de Rousset-les-Vignes Mai 2019