Étiquettes

, , , , , , , , , , , , , , ,

Edith Wharton, était une petite fille solitaire et mal aimée, douée d’une imagination fertile et d’une curiosité d’esprit insatiable. Avec une énergie féroce et beaucoup d’audace, elle s’est forgé des boucliers pour masquer ses blessures d’enfance : la lecture boulimique, les amitiés, les relations mondaines, les voyages et surtout l’écriture. Dans ce cheminement frénétique, la France a joué un grand rôle.

C’est un Français, Paul Bourget, qui le premier, en 1993 lors d’un séjour à Newport,  a repéré son talent, et lui a conseillé d’écrire sur cette société du « Vieux New York », de nouveaux riches puritains, obsédés par leur image sociale, dans laquelle elle était née. C’est lui qui lui trouvera un subtil traducteur pour son premier grand roman « The house of mirth », et qui l’introduira dans la société littéraire et mondaine parisienne, où elle sera tout de suite reconnue comme « une femme de lettres » (statut qui, à New York, était presque scandaleux) et se fera de nombreux amis et relations. 

Car, si elle passait ses matinées à écrire, ses après-midi et ses soirées étaient consacrées à sa vie mondaine : dîner, thé, réception, théâtre, opéra …en compagnie des grands noms de l’aristocratie française et anglaise, des représentants les plus prestigieux du monde intellectuel, scientifique, politique… Certes, c’était le comportement classique d’une grande bourgeoise new-yorkaise, mais il y a chez Edith une telle frénésie de mondanité que l’on ne peut s’empêcher de penser, avec Diane de Margerie, que ce bouillonnement amical lui était indispensable « pour affronter la solitude profonde qui sourd de manière si inquiétante de ses livres ».

La France permet aussi à Edith de satisfaire sa fringale de voyage. Enfant, elle avait sillonné l’Europe avec ses parents et en avait gardé une sorte de passion pour les sites et les paysages chargés d’histoire. A peine mariée, donc nantie d’un chaperon, elle part en croisière en Méditerranée jusqu’en Grèce et en garde le souvenir dans La croisière du Vanadis. Depuis Paris il était beaucoup plus facile que depuis New York de filer vers l’Italie, l’Espagne, la Grèce, le Maroc… et bien sûr sillonner la France. Elle en a laissé un petit livre charmant  la France en automobile qui recense tous les lieux qui l’ont touchée. Un vrai guide Baedeker.

C’est parmi ses relations parisiennes qu’elle rencontrera l’homme qui l’éveillera à la sensualité et à la plénitude de l’amour, Morton Fullerton. Elle a 46 ans, son mariage avec Teddy Wharton s’est révélé tout de suite une catastrophe, sexuelle d’abord, les crises d’étouffement, les dépressions répétitives d’Edith en sont sans doute les symptômes, et sur le plan des goûts, ils ne partageaient que celui des petits chiens. En outre Teddy a développé très vite un caractère névrotique, obsessionnel, parfois violent. Depuis vingt-trois ans, Edith vit dans une solitude sensuelle et sexuelle totale. La rencontre avec Fullerton, brillant journaliste et superbe dandy, est un éblouissement. Edith est auréolée de son prestige d’écrivain à succès, elle a de l’allure, de la culture et de l’esprit, pas vraiment belle, mais très attirante. Fullerton se laisse séduire. Edith a laissé des traces émouvantes de cet amour dans le journal  intime L’âme close qu’elle a tenu pendant toute leur relation, des poèmes somptueux et déchirants. Leur liaison durera trois ans, Fullerton n’est pas un homme qu’on attache ; Edith réussira le tour de force de le garder comme ami.

C’est aussi en France qu’elle obtiendra son divorce. Aux Etats Unis, dans la bonne société du Vieux New York, non seulement le divorce était impensable « Une divorcée est une paria sociale » rappelle Edith dans un de ses romans, mais il était très difficile à obtenir judiciairement. Paul Bourget lui conseillera un excellent avocat qui l’aidera à monter un dossier suffisamment solide (Teddy  s’était mis à dilapider leur fortune, c’est-à-dire celle d’Edith et il a eu la bonne idée de la tromper). Le divorce sera enfin prononcé à Paris en 1913. 

La France, enfin, offrira à Edith Wharton un nouvel ancrage. Pour vivre et écrire, non seulement elle a besoin d’être entourée d’amis, mais il lui faut une maison où se lover et surtout un jardin autour où planter ses racines. Aux USA, elle avait faire construire une très grande et belle maison dans le Massachussetts, The Mount, où elle se rendait chaque printemps.

Après son divorce, elle vend The Mount, et dès la fin de la guerre, trouvant Paris trop bruyant, elle achète un ravissant pavillon du 18ème siècle à Saint Brice sous Forêt, à 15 km au nord de Paris. Mais l’endroit est mal relié au centre de Paris et ses amis et relations n’y viennent pas assez à son goût.

Elle se tourne alors vers la Méditerranée, lieu de villégiature du gratin européen, et décide de s’installer à Hyères tout près des Bourget, qui sont devenus des intimes et y ont une belle villa. Elle est séduite par une semi ruine, sorte de château avec tours crénelées, qui perche tout en haut de la ville. La maison n’a pas été habitée depuis 50 ans, les murs sont délabrés, il n’y a ni eau courante, ni électricité, ni tout à l’égout. Elle va en faire une demeure de rêve, avec confort américain, quantité de chambres d’amis chacune nantie d’une salle de bains, une grande bibliothèque et elle fait agrandir la terrasse d’où la vue sur la mer, la presqu’île et les îles est époustouflante. Pour parfaire son bonheur, elle achète toute la colline et la transforme en jardin, un des plus beaux de la Côte d’Azur.

Dans ce cadre protecteur, elle va recevoir ses amis les plus chers, ses relations nombreuses, et toutes les personnalités qu’elle pourra attirer : Paul Valéry,  Louis Bromfield, HG Wells et Aldous Huxley … Elle reviendra à Hyères chaque automne de novembre à mai, jusqu’à la veille de sa mort. C’est là qu’elle écrira son dernier roman : « Les boucanières » .

Catherine Missonnier

Café littéraire de Valréas

30 septembre 2021