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Conférence de Hansjörg Frommer au Musée du Pègue le 19 octobre 2018

Hallstatt IX – V siècles (âge du bronze et premier âge de fer)

Hallstatt est un village en Autriche avec un lac et une vieille mine de sel. Le sel a préservé des objets dans le lac ainsi que dans les tombeaux d’une nécropole. Ces objets bien conser-vés nous révèlent une civilisation avec une aristocratie guerrière (épées en fer), des ouvriers travaillant dans les mines et le commerce du sel; on pense qu’une langue celtique s’est dé-veloppée dans cette civilisation. Le nom grec keltoi se trouve chez Hérodote (450) : « Le Danube vient du pays des Keltoi et de la ville Pyrène » (2,33). Mais on ne sait pas, si c’est une tribu ou si c’est un nom mal compris, parce que les Celtes eux-mêmes se nomment Gaulois, Gallois, Galates (en Asie mineure) , Gallaeci (Galicie), mais aussi Wales, Valais, Wallonie. Welsch est une vieille désignation allemande pour les langues des peuples latins ou celtiques. La ville Pyrène est identifiée avec la Heuneburg, mais aussi avec les Pyrénées. Parce qu’il n’y a pas de documents écrits celtes, pas de noms de lieux ou de princes pour cette époque, nous n’en savons donc pas plus. Mais l’archéologie nous montre que cette civilisation s’est étendue sur toute l’Allemagne du sud au VIIe siècle. C’était une société aristocratique, avec des princes vivant dans d’opulentes résidences, sièges de pouvoir. Ils importaient des objets de luxe de la Méditerranée, et peut-être aussi du Pègue. Les princes étaient inhumés aux alentours de leur résidence dans un tumulus richement équipé.

Heuneburg

L’habitat princier le plus connu, dont le siège même a une surface de 4,5 hectares (300 m x 150 m), était fortifié et compor-tait de riches bâtiments. Autour, il y avait un village pour la garnison et les artisans au service du prince. Les fouilles ont mis à jour une multitude d’objets qui montrent aussi un important commerce entre la Médi-terranée et la Mer Baltique. Près de la Heuneburg, on a trouvé en 2010 le tumulus inviolé d’une princesse morte en 583 av. J.-C.

Hohenasperg

Le Hohenasperg est une colline haute de 100 m et dominant une plaine fertile. La surface du plateau est le double de la superficie de la Heuneburg et porte aujourd’hui un important château-fort de la Renaissance. Pour cette raison on n’a pas pu faire de(s) fouilles sur le plateau, mais on est sûr que c’était un siège plus jeune, plus grand et plus important que la Heuneburg. La raison principale est qu’il y a autour du site plusieurs tumuli, la plupart connus, ouverts et même pillés. En 1978 on a trouvé un énorme tumulus non touché (60 m diamètre), caché dans un champ. C’était la sépulture d’un homme âgé de 40 ans, mesurant 1,87 m et mort autour de 550 av. J-C. Dans la chambre funéraire le corps était couché sur un divan, accompagné d’objets personnels comme une bague et des bracelets en or, des fibules, des armes, un rasoir, un service à manger et des bols à boire. Le divan en bronze était richement décoré et à côté se trouvait aussi un char à quatre roues.
Publication : Jörg Biel, Der Keltenfürst von Hochdorf, Theiss Stuttgart 1985.

Glauberg

Un troisième habitat, plus récent (autour de 425-400 av. J.-C), se trouve un peu plus au Nord, sur un plateau au bord du Main. Après 1988, on a trouvé et exploré trois tumuli de riches princes. Un musée a été construit pour montrer tout ce qui a été découvert. L’objet le plus spectaculaire, est la statue d’un prince celte, grandeur nature, portant une coiffe rappe–lant des feuilles de gui. (Musée et parc archéologique : Keltenwelt am Glauberg)

Latène – deuxième âge de fer (après 400 av. J.-C.)

Glauberg, est la dernière résidence princière. La civilisation change, il y a des villes reliées par de grands axes commerciaux, avec une petite aristocratie. En même temps le culte de la mort change : on ne trouve plus les tumuli, les morts sont incinérés, et les cendres mises dans des urnes. On trouve donc beaucoup moins d’objets.
En Bavière, on a découvert, à côté du village de Manching, les traces d’une grande ville cel-te, sur une surface de 380 ha, avec un mur de 7,2 km de longueur. La population en est es-timée à 10 000 habitants. Entre 1955 et 2000, des fouilles archéologiques ont été menées sur 26 ha. La ville était construite sur des plans précis, avec au centre un temple, des quar-tiers résidentiels et enfin des quartiers pour les artisans. La ville était importante entre 300 et 150 av. J.-C. mais on ne la connaît que par les fouilles. (Kelten-Römer-Museum Manching).

Expansion celte

Au IVe et au IIIe siècles av. J.-C., il y a une forte expansion celte en Gaule, en Bretagne, en Italie, en Espagne, et le long du Danube. En 387, les Gaulois menacent Rome, et en 279, ils sont à Delphes, en Grèce. Depuis, nous les connaissons mieux par les sources grecques et latines. Hannibal lutte avec des mercenaires celtes, les Romains prennent possession de la Provincia et de la Gallia cisalpina, et Jules César de la Gallia transalpina. Mais nous n’avons toujours aucune trace écrite des Celtes même si en Gaule on a appris assez vite le latin.

Les celtes dans leur pays d’origine

Les fouilles qui se concentrent dans l’ouest, dans la vallée du Rhin et le Jura Suisse montrent, après 200 av. J.-C., des centres de commerce et oppida non fortifiés. Les Hel-vètes, tribu celte locale, a voulu migrer en Gaule. Mais en 58, le nouveau Proconsul Jules César, les a repoussés. L’archéologie nous montre aussi que ces oppida ont été aban-donnés, et que de nouveaux oppida fortifiés apparaissent. Mais la population celte diminue toujours. L’historien romain Tacitus (58 – 120 p. C) écrit dans sa Germania (98), que le pays entre Rhin et Danube, les Agri Décumates, en train de devenir province romaine, étaient peu peuplés par des gens venus de la Gaule. Cela semble confirmé par l’archéologie qui ne donne plus rien pour les périodes postérieures.
Surtout depuis les commentaires sur la guerre des Gaules de Jules César, nous connaiss-ons les noms et les lieux des différentes tribus celtes en Gaule. Les tribus ont un conseil de personnes distingués et un chef reconnu. Il y a des rivalités et des guerres entre les tribus, et avec Vercingétorix un chef commun contre les Romains. Il y a une langue commune, une branche des langues indo-européennes, mais différenciée dans des patois, et rien d’écrit.
La question de la religion des Celtes est difficile. Les druides sont une caste spéciale, les jeunes font un long apprentissage et doivent apprendre toute la tradition par cœur. Pourtant nous connaissons quelques dieux, mais de l’époque romaine : Sirona, Epona,…

Hansjörg Frommer